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Bonjour monsieur B. Root,
Je viens de flâner avec curiosité et excitation à travers de nombreuses pages web et sites à votre sujet (Google connaît bien John B Root ;-) ) et je dois vous avouer que je ne sais par quel bout démarrer cet entretien.
Que diriez-vous d’opter pour la simplicité et offrir à nos lecteurs une petite présentation académique de l’homme ?
46 balais (euh non, c’est pas académique, ça…) 46 ans, parisien. Ancien journaliste télé et ancien écrivain pour la jeunesse qui a bizarrement tourné. lol
Vous êtes donc un réalisateur/producteur connu et reconnu de l’industrie (on reviendra sur ce terme un peu plus loin dans l’entrevue) pornographique française.
Comme tout bon people, vous reconnaît-on dans la rue ?
Plus sérieusement, comment en êtes-vous arrivé là, saviez-vous d’ailleurs où vous alliez aboutir en démarrant dans le métier ? Comment se sont fait vos débuts ?
Oui, on me reconnaît régulièrement. Toujours des hommes. Et toujours très sympas avec moi. J’ai débuté en 94, avec des cd-roms interactifs à base de vidéo. Les premiers du marché, faits avec la version beta 1 de Quick-Time. Galère ! Ensuite c’est Canal Plus qui m’a commandé mon premier film : Cyberix.
John, je vous remercie de m’avoir laissé la main pour rebondir sur le terme « industrie » dans la dénomination « industrie pornographique ».
Premièrement, ayant parcouru quelques lignes de votre plume, j’ai plus l’impression que, paradoxalement à votre statut actuel, vous vous considérez plus comme un « artisan » du sexe.
Je pense que par ce terme vous faites référence à la passion, la créativité qui anime un artisan qui fabrique, modèle un produit de ses propres mains.
Bon je noie le lecteur là, je vous laisse rebondir sur mon ressenti…
C’est pas une industrie. Ca n’en a ni le chiffre d’affaires ni la méthode. Le métier est composé de petites unités très artisanales en France (quelques grosses boîtes aux US ou en Allemagne) Le porno, ça se fait à la bite et au couteau.
Et j’aime bien ça, cette légèreté, cette liberté, cet artisanat, oui.
De même, cette industrie française ne serait-elle pas plus tôt, face à l’industrie de la production porno US notamment, plus un « réseau » d’artisans ?
Très gros chiffre d’affaire mondial, mais généré par des millions de petites structures isolées. Des milliers de cassettes produites tous les jours dans une économie de sous-prolétariat de l’audiovisuel.
Quand vous avez démarré, dans quelles conditions avez-vous réalisé, et distribué, votre 1er film ?
C’était pour Canal Plus. J’ai dépensé 1 million de francs, j’en ai perdu la moitié. Il m’a fallu trois ans pour réparer les dégâts.
D’ailleurs, des différentes voies de distribution à ce jour, laquelle est la plus profitable\intéressante à vos yeux ?
Le porno est moribond aujourd’hui car ses marchés se sont effondrés. Pas de réseaux, pas de distribution, pas de points de vente. La télé sous-paie le genre de manière honteuse. Pour moi, il reste le web.
Et être à la fois réalisateur et producteur était une nécessité pour exister ? Ou une opportunité découlant du fruit de votre travail ?
C’était le moyen de la liberté. Je ne supporte pas d’obéir. Lol.
Attardons-nous un peu sur votre « book », monsieur B Root, avant de continuer.
Combien avez-vous de films à votre actif ? Quel est celui dont vous êtes le plus fière ? Et, au contraire, en existe-t-il un, non pas que vous trouveriez loupé, mais que vous auriez, avec le recul, fait différemment ?
17 « gros » films, je crois. C'est-à-dire des films avec une histoire, un concept global, une unité. Plus des tas de vidéos de « gonzos » tirés de ma production internet. Ca fait une centaine d’heures de programme à peu près. Le plus fier ? Euh ? Je sais pas. Ils ont tous des défauts et des qualités. « Inkorrektes », peut-être. Il est bien, « Inkorrektes », il me ressemble. Mais « XYZ », « French Beauty », « Une nuit au bordel », « Ally », « Sextet », « 24 heures d’amour » sont pas mal non plus.
Si on devait parler d’une « B Root touch », comment la définiriez-vous ?
Du porno un peu moins con, un peu moins chiant, un peu plus en prise avec le monde.
Est-ce que chacune de vos réalisations à son montage TV de prévu ? Que pensez-vous des cahiers des charges de ces dernières d’ailleurs ?
Bof, la télé, pour ce qu’elle paie aujourd’hui… Oui, bien sûr, je respecte leurs cahiers des charges. Mais même comme ça, ca leur suffit pas. Le bon porno est forcément subversif, c’est son rôle. Inkorrektes, par exemple, respectait à la lettre le cahier des charges de Canal, et bien ils m’ont quand même forcé à couper dans les dialogues. Voyez sur le site du film tout ce qu’ils m’ont obligé à supprimer. Et pendant que vous êtes sur le site, profitez en pour acheter le dvd. J’ai grand besoin de sous. Lol.
A ce sujet, vous avez « joué » de ces contraintes à l’honneur de votre dernière réalisation, promue sur http://www.inkorrektes.com .
J’ai pu y lire « c'est mon film le plus abouti, le plus personnel, le plus drôle aussi (...) j'ai essayé de ne plus me poser la question habituelle :"comment on baise ?"mais de me demander : pourquoi on baise ?"
Accepteriez-vous de vous étendre 2 mins sur le sujet pour nos lecteurs ?
Un des problèmes du porno, à mon sens, c’est le manque d’explications. On est très forts, dans ce métier, pour montrer de la viande en mouvement, pas très forts pour donner du sens à ce qu’on montre.
J’aime beaucoup me branler devant un film, mais pas si ce film me prend pour un con. Dans « Inkorrektes », je suis allé plus loin que d’habitude dans la tentative de marier un récit « normal » et la sexualité.
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la suite de l'entrevue dès demain ;-)
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